Histoire

"San Miguel": Quelques traits de son histoire

Dans la ville, il y a beaucoup de tabernas. Rappelons-nous de « Cordoue ville brave… ». N’est-il pas vrai que celle de San Miguel est en l’une des principales ? Elle est située sur la place de la ville à côté de l’église du même nom. Par sa position stratégique, au point névralgique de la ville, elle est depuis toujours une place de réunion, de rendez-vous et de distractions pour toutes les classes de la société cordouane. On y a vu passer des artistes, des toreros, des intellectuels, des hommes de science, des cultivateurs, des marchands, des courtiers et même la coquine cordouane qui d’habitude fréquentait la « sainte place » pour y déguster ses délicieux bouillons et passer y faire ses espiègleries. Parmi celles-ci, comme nous le verrons plus loin, celles de « s’éclater d’ivresse »…

Les origines de ce temple érigé en honneur du dieu païen Bacchus sont lointaines. Semble-t-il qu’au début du siècle, s’est établi le club naissant Guerrita, bande – appelons-le ainsi – que dirigeait le calife Rafael et sa cohorte d’amis, d’inconditionnels et « d’ajoutés ». Rafael Rodríguez « Calzones » agissait en tant que « barman » – comme on nomme habituellement les patrons de taverne de ce rang – régent du petit royaume de San Miguel. C’est ainsi que fut fondé le célèbre établissement. Un peu plus tard, les frères Garrido, maraîchers, deviennent en charge du commerce. C’est alors qu’on voit de célèbres toreros « Vizcaya » le fréquenter. « Manolete » (père), Manuel de la Haba Zurito et Antonio de Dios « Conejito ». « Cantimplas », « Recalcao », « Pataterito » et autres matadors tout aussi fameux.

Une curieuse anecdote vaut la peine que nous nous y attardions : « Manolete » (père) étant quelque peu superstitieux, n’est jamais entré ou sorti par la porte principale, mais plutôt par la sortie de secours, c'est-à-dire, celle de la rue de San Zoilo. De « Recalcao », on dit qu’un jour alors qu’il jouait aux dominos, au point d’être « décavé », il aurait dissimulé le double-six dans sa bouche, si bien qu’il aurait failli s’étouffer. Il aurait même été transporté à l’hôpital.

À cette époque, il y avait aussi des hommes distingués qui fréquentaient l’endroit, comme le chanoine Canales « Le laid Canales »; M. José Villalba; président du Tribunal, M. José Uzqueta y Benítez; colonel de Sagunto et le magistrat Francisco Martínez Beltrán, célèbre avocat pénaliste. Il aurait eu la chance d’assumer la défense du « Serena », criminel ayant commis un triple homicide la veille de Noël. Ces faits seraient survenus au tournant de la deuxième décennie du siècle. Cependant, la vraie période califale, période de plein essor de la taberna, fut autour de l’année 1925. On retrouve à cette époque un « barman » très populaire, apparemment parfait pour l’emploi, en tant que responsable du commerce : M. Francisco Molleja. Il s’agit de l’époque où tous les étages de San Miguel étaient remplis, à laquelle deux serveurs étaient au service des clients tels le « Machaco », l’avocat M. Rafael Mescas, le picador « Pegote »…, l’éleveur M. Antonio García Pedrajas, tous les bizuts en vogue, courtiers, bouchers, marchands, et incluant le « Consulat » des villages de Castro et d’Espejo, dirigés par M. Antonio León. C’est vers lui que les cultivateurs de ces villages allaient pour résoudre leurs problèmes agraires et leurs mésaventures. La pègre cordouane y avait aussi sa plus « sélecte » représentation, puisqu’ici se retrouvaient, en « privant » les leurs de leur présence, entre autres blagues et charmants méfaits, des types comme le « Kaiser », célèbre aurige, le « Comparito » et son « compère » le « Cebollo », toujours accompagné du « Cojo Cantares » ainsi que d’autres non moins gracieux, comme « Olmito » et « Herrero Malo », et le célèbre « Calañés », contemporain de Chacón et de Juan Breva…

« Manolete », encore un gamin à cette époque, y était habituellement amené par son oncle Francisco Rodríguez (le boucher), mieux connu par son surnom de « El Primo ». Le génie de la peinture cordouane, le grand Julio Romero, vêtu de sa tenue classique cordouane, y dégustait le nectar de Sanmigueleño en compagnie d’artistes, d’écrivains et de toreros. Il a même laissé quelques traces de son passage : Il a décoré un espace dans la taberna avec un buste de femme brune. Parmi les anecdotes dignes de cette époque, on retrouve le cas de « Espeleño », courtier très célèbre. Une nuit, « poivrot », il aurait voulu couper certains organes au directeur Paco Molleja qui, naturellement, aurait fui en courant vers le « central ». Tout aussi célèbres sont les présences du courtier Frasquito, connu comme « le mec des boutons » qui avait l’habitude de commander au restaurant de fruits de mer du « Pipo » deux réaux de bestioles…

Pour continuer dans la consignation des clients les plus assidus et dignes de mention, on note la présence du fameux M. Gabriel Calderón, mieux connu en tant que « tito Gabriel ». Un jour, alors qu’il buvait depuis pas moins de douze heures accoudé au comptoir, il aurait dit à l’ami qui l’accompagnait : tu ne penses pas qu’on devrait s’assoir? Plus récemment, on note le passage de Manuel Pericet, un industriel, et son beau-frère M. Antonio Hernández, populaire agent de commerce alors propriétaire d’une usine ultramoderne d’eau de Javel (Copos) où on retrouve l’enseigne : « Pour les amis la dent est libre ». Nous ne pouvons non plus passer sous silence, parmi les clients actuels, Manolo Roldán « el Panaderito » qui dans son temps de picador, est allé à Grenade en rosse pour participer à une corrida en tant que « réserviste ». En parlant de sa brillante carrière de torero, il affirmait « je suis picador de profession y boulanger par affection ». Il y a tellement d’autres clients célèbres que la liste deviendrait infinie.

Suivant cette tradition, à la tête du comptoir et près du tableau et de la caisse, figure de nos jours le populaire « Adolfi » (Adolfo de la Rosa Roldán). Le « saint » endroit est maintenant fréquenté par des artistes, avocats, journalistes, hommes d’affaires, cultivateurs, etc. en plus de quelques « oiseaux de passage » qui ont aussi l’habitude de s’y poser pendant la nuit.

Ceci est, cher lecteur, les quelques informations que nous vous offrons afin que vous connaissiez un peu mieux San Miguel. Endroit édénique où vous pouvez déguster des vins exquis « de 24 », le FINO SAN MIGUEL, le TIRIFI et le renommé MORILES LA MACETA, ainsi nommé non en raison de sa qualité, qui est très bonne, mais plutôt puisque figure un pot de fleur en papier sur le baril. Ce liquide roux, mousseux, et tudesque est servi par Adolfito, selon son goût particulier, à 2.50 y 4.50 pesetas dans de grands verres et aljibes. Là vous saurez que la vie possède de ces moments de bonheur et qu’elle vaut la peine d’être bien vécue.

 
Taberna San Miguel "Casa el Pisto" · Plaza San Miguel, 1 · Córdoba · 957 47 01 66 · 2011 (c) · Diseño: Efecinco · Desarrollo: Xperimenta